Manger végétal au Portugal : de Lisbonne aux fermes de l’Alentejo

Le Diário da República du 17 avril 2017 publie la loi n° 11/2017, sept articles approuvés en Assemblée de la République le 3 mars. Elle oblige les cantines publiques à inscrire chaque jour au menu une option sans aucun produit d’origine animale, et elle énumère les lieux : hôpitaux du service national de santé, écoles, universités, maisons de retraite, prisons, services sociaux. Le voyageur ne déjeune pas dans ces cantines, mais il arrive dans un pays où la question a été tranchée par un texte plutôt que laissée à l’usage, et l’Alentejo y ajoute des exploitations agricoles qui logent leurs visiteurs.

La place du Giraldo à Évora, sa fontaine de marbre, l'église Santo Antão et les arcades
La place du Giraldo, au centre d’Évora. Photo Jocelyn Erskine-Kellie, via Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.

Ce que la loi couvre, et ce qu’elle ne couvre pas

Le texte vise les cantines de l’administration publique, à tous les échelons. Il définit lui-même l’option végétarienne comme un repas sans aucun produit d’origine animale, demande des menus programmés par des professionnels habilités, et confie le contrôle à l’autorité de sécurité alimentaire et économique. En revanche, il ne dit rien des restaurants privés. Son effet a surtout été d’installer l’idée qu’un plat végétal n’est pas une demande exotique. Cela se voit à Lisbonne, où l’offre entièrement végétale est fournie. Dans les petites villes de l’Alentejo, le choix se réduit vite : repérer deux ou trois tables avant d’arriver évite de tourner en rond.

Deux fenêtres dans l’année, et un mois à laisser de côté

L’Alentejo relève du climat méditerranéen à été chaud et sec. Les deux périodes confortables sont avril-juin et septembre-octobre : ciel dégagé, peu de pluie, et des journées tenables pour marcher dans une ville de pierre claire ou traverser un domaine à pied. Le mois d’août se paie cher, en chaleur comme en affluence sur le littoral, et c’est celui où il faut réserver le plus tôt. L’hiver est humide et court en lumière, ce qui gêne un séjour passé dehors. Entre les deux, le printemps a l’avantage du sous-bois en fleurs.

Arriver à Lisbonne, descendre vers Évora

La station Aeroporto, à l’aéroport Humberto Delgado, est sur la ligne rouge du métro. Cette ligne ne descend pas dans le centre historique : une correspondance est obligatoire, à São Sebastião pour la ligne bleue. Avec des valises, c’est la première chose à savoir. Pour l’Alentejo, le train part de Lisboa Oriente et rejoint Évora sans changement, mais le nombre de départs n’est pas le même tous les jours de la semaine : l’horaire du jour se vérifie avant de caler une arrivée. Passé Évora, les fermes sont dispersées et mal desservies par les bus. La voiture de location redevient utile, sauf si l’exploitation organise le transfert, une question à poser dès la réservation.

Dormir dans une exploitation : ce que recouvre l’agroturismo

L’hébergement à la campagne relève d’une catégorie légale, le turismo no espaço rural, encadrée par le décret-loi 80/2017 sur les établissements touristiques. La casa de campo est une maison de village ou de campagne qui respecte l’architecture locale. L’agroturismo, lui, désigne un logement installé dans une exploitation agricole, où l’hôte peut suivre l’activité, voire prendre part aux travaux. C’est cette mention qui sépare une vraie ferme d’une belle maison de campagne, et c’est le mot à chercher dans la fiche. Une semaine suffit pour tenir les deux bouts, trois nuits à Lisbonne et quatre en Alentejo, en s’y prenant plusieurs mois à l’avance.

Le budget de la semaine : un montant fixé, un montant ouvert

Un seul poste est connu d’avance. La taxe municipale de séjour de Lisbonne s’élève à 4 euros par nuit et par personne, due à partir de 13 ans, dans la limite de sept nuits par séjour ; l’hébergeur la collecte, elle ne se négocie pas. Tout le reste dépend des dates. Le logement échappe à toute annonce : il change du tout au tout entre la ville et la ferme, et davantage encore entre le printemps et le mois d’août. Une moyenne régionale ne sert donc à rien, et c’est là que un planificateur de voyage devient utile : on y pose l’itinéraire avec ses vraies dates et on compare plusieurs combinaisons d’hébergement, la ville d’abord ou la ferme d’abord.

Le montado, le liège, et ce qu’on regarde en marchant

Le paysage que l’on traverse porte un nom, le montado : une forêt claire de chênes-lièges très espacés, avec un sous-bois pâturé ou cultivé. Le chêne-liège occupe 22 % de la surface forestière du Portugal continental, à égalité avec le pin maritime, et le pays produit environ 100 000 tonnes de liège par an, la moitié de la production mondiale. Le rythme est fixé par la loi plutôt que par le marché : prélever un liège de moins de neuf ans est interdit, et l’élagage n’est autorisé que du 1er novembre au 31 mars. C’est un calendrier lent, qui explique pourquoi ces parcelles restent boisées.

« Alentejo As Never Seen Before », mis en ligne par Visit Portugal.

Côté ville, Évora justifie deux jours à elle seule : son centre historique est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986, et il se parcourt à pied. Le reste du séjour s’organise autour d’une exploitation le matin et d’une place de ville en fin de journée.